La critique
Le Bain Turc, comme son auteur, suscita longtemps des commentaires dont la tendresse n'était pas le trait dominant. On peut par exemple relever celui des frères Goncourt : "Là, dans ce bain antique, une mêlée de corps mannequinés avec des disproportions caricaturales, une assemblée de sauvagesses de la terre de feu découpées dans du pain d'épice..."
Ou celui moins aimable
encore de Paul Claudel:
"Une toile de ce malheureux peintre
appelé Ingres qu'on appelle le Bain Turc, où l'on voit une
masse de femmes agglomérées l'une à l'autre comme une galette
d'asticots..."
Il est vrai que le Bain Turc est tellement révélateur, emblématique, de celui qui l'a peint, qu'on ne peut comprendre sa valeur sans avoir auparavant compris Ingres. Si l'on considère comme des défauts les lignes parfois contre-nature de ses corps de femmes, si l'on veut s'obstiner à penser que l'utilisation qu'Ingres fait de la lumière, que l'accumulation des figures, sont autant de défauts, le Bain Turc ne peut qu'être détestable, puisqu'il cumule tous ces procédés. Cette toile constitue en effet une synthèse de l'uvre du peintre.