La sensualité ingresque

Pour expliquer ces lignes extraordinaires, on peut aussi émettre l'hypothèse qu'Ingres s'est trouvé inspiré par des modèles antiques, tels que les vases grecs, où les profils sont schématisés. Mais l'explication la plus plausible consiste à considérer ces courbes comme l'expression de la sensualité ingresque. Ainsi le prolongement infini des reins de La Grande Odalisque répond-il à la demande de l'oeil - ou de la main? - qui désire encore caresser ce dos splendide. Par ces allongements, ces lignes souples et continues, c'est l'amour pour la femme dont parlait Baudelaire qui se manifeste

Dans la torsion exagérée du corps d'Angélique, dans les plis multiples de son buste, dans son regard empli de détresse, on retrouve les raffinements teintés d'érotisme des maniéristes.
Comme nous venons de l'évoquer au sujet d'Angélique, Ingres dénaturalise aussi le regard. En ôtant tout cil à la paupière inférieure, et en signalant ceux de la paupière supérieure par un simple trait épais, il agrandit l'oeil et donne au regard une rare puissance.

 

La Grande Odalisque constitue un excellent exemple à cet égard : son oeil froid, insolent à force d'indifférence,dégage un magnétisme

qu'on ne retrouvera que dans l'Olympia de Manet. C'est donc chaque partie du corps qu'Ingres transforme pour le mettre en valeur et le conformer à sa sensualité.